Réflexions générales

Des mots comme s’il en pleuvait

Les hasards de Facebook m’ont menée à cet article du site ActuaLitté qui traite (principalement) de la productivité des auteurs. Je l’ai trouvé intéressant au regard de mes propres rythmes, même si je n’ai pas la prétention de me comparer à Balzac (même sur la quantité de café ingurgité, il me bat encore largement !)

Je ne suis bien évidemment pas d’accord sur tout : la notion de talent, actuellement, tend à être réfutée assez universellement mais il faut rester réaliste. Tout le monde n’a pas la même sensibilité ni les mêmes dispositions. On peut réussir sans talent, mais en honnête artisan ; seul le talent permet la création d’un véritable chef d’œuvre.

Mais une chose est certaine : sans le travail, le talent ne sert à rien.

Passons à présent au thème qui me tient à cœur : productivité et rythme d’écriture.

Déluge de mots

À plus de 400 000 mots par an, je pense que je me situe dans la fourchette haute. Bien sûr, ce chiffre s’éparpille entre différentes œuvres, mais aussi des nouvelles, des défis et autres délires fictionnels. Certes, il y a dans le lot des volumes complets, mais les récits en eux-mêmes ne sont pas autant terminées (je crois aux longues sagas…)

Il m’est arrivé, pour avoir innocemment parlé de ma rapidité d’écriture, de voir pleuvoir les remarques désobligeantes : « Il n’est pas possible d’écrire quoi que ce soit de bon dans un délai aussi court », « Je ne connais aucun bon livre qui ait été écrit si vite », etc. Il semble que pour certains (qui ont besoin de plus de temps et de réflexion), évoquer son rythme « énergique » soit considéré comme une insulte ou une agression. Mais chacun a sa manière de fonctionner, qui doit être respectée dans un sens comme dans l’autre.

On trouve les mêmes critiques autour du NaNoWriMo, un projet d’écriture créative international au cours duquel chaque participant tente d’écrire un roman de 50 000 mots en un seul mois. Il n’en découlerait qu’un vrac de mots inutilisable, qui aboutirait à une déferlante de manuscrits imbuvables chez les pauvres éditeurs submergés. Mais qu’en est-il réellement ?

WhatIsNaNoWriMo

Écrire dans l’élan

Outre le NaNoWriMo, Je me suis essayée par jeu à Write or Die (cette application qui « punit » l’auteur qui ne tape pas assez vite / régulièrement) ou aux « word wars », compétitions amicales entre auteurs où pendant une durée donnée (un quart d’heure, une demi-heure) chacun s’efforce d’écrire le plus possible. Comme le fait remarquer l’article de référence, le côté ludique ajouté à l’urgence a pour effet de faire tomber les doutes et les inhibitions qui bien souvent sont à l’origine de nos blocages, même quand nous avons une idée précise de ce que nous allons écrire. Surs les forums dédiés, les défis de toute sorte (temporel, thématique…)  ont le vent en poupe !

L’idée n’est pas seulement de forcer les gens à s’asseoir pour écrire au lieu de se faire des nœuds au cerveau, mais aussi de montrer que contrairement à l’idée qui voudrait que l’écriture soit forcément un art solitaire et intimiste, cela peut être aussi un exercice ludique et social, où le partage existe déjà en amont de la publication.

Je ne crois pas qu’il y ait une différence de qualité liée au temps passé à produire un premier jet. Dans tous les cas, un  certain recul est nécessaire pour en juger la teneur.

Chacun sa méthode, chacun son chemin

Bien entendu, cette approche de l’écriture ne convient pas à tout le monde. Chacun développe ses propres rythmes et ses propres stratégies, et il serait pire que tout de décréter qu’il n’y en a qu’une bonne. Certains écrivent mieux dans l’élan, d’autres se plaisent à ciseler chaque phrase à la perfection. C’est à chaque auteur – et uniquement lui –  de déterminer ce qui lui convient le mieux.

Pour ma part, je ne parvins à écrire de façon satisfaisante que si je suis prise dans une sorte de frénésie qui me fait avancer sans m’arrêter – pas de façon continue, mais par petites tranches qui peuvent aller d’une à plusieurs centaines de mots, plusieurs fois dans la journée. Je ne suis pas très douée pour me concentrer dans la durée, j’ai donc acquis la capacité de pouvoir très aisément me replonger dans un texte et tout aussi aisément en sortir.

Il ne faut pas non plus omettre le fait que l’écriture au sens large se divise en plusieurs phases : la phase de réflexion peut se dérouler n’importe où : dans son lit le soir, dans les transports, en ballade dans les bois… Elle est tout aussi importante que le passage à l’écrit, juste moins visible, moins quantifiable. Ce qui fait que quand je m’assois devant l’ordinateur, une partie du travail a été fait en amont.

Je n’imposerai jamais à quiconque cette façon de faire – au pire, j’en témoignerai comme d’une technique possible.

 

 

 

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2 réflexions au sujet de « Des mots comme s’il en pleuvait »

  1. Et moi qui envie la rapidité et « la capacité de pouvoir très aisément me replonger dans un texte et tout aussi aisément en sortir »… Mais comme tout le reste, ça s’apprend. Généralement lent à la détente (et parfois prompt à l’enlisement qui dès lors se prolonge durant des semaines ou des mois de stérilité), j’essaie de dynamiser mes séances d’écriture et de me remettre dans le bain le plus vite possible. Pas facile, je suis encore incapable de m’enfermer dans le texte si je ne suis pas dans de « bonnes » conditions. (Mais je m’entraîne.)

    Ce que les détracteurs de la célérité omettent de prendre en compte, c’est d’une part qu’on ne peut pas confondre vitesse et précipitation, d’autre part que la lenteur appelle souvent la lenteur (et moins on va vite moins on avance, moins on se sent écrire comme il faudrait, plus on ralentit, retour en début de boucle).

    Le tout est d’acquérir sa bonne vitesse de croisière, qu’on ait celle d’un pédalo ou d’un hors-bord ce n’est pas ce qui changera le résultat: c’est la somme de travail totale. La précipitation consiste bien moins à obtenir un premier jet à toute vitesse qu’à estimer qu’il n’y a pas grand chose à faire ensuite. Et, question qualité, constance, rigueur, obstination et régularité y sont toujours pour quelque chose. Si on éparpille ses séances et n’écrit que de temps en temps, rapide ou lent on y perd.

    Ah, que ne suis-je rapide et vraiment régulier! Voilà bien mon drame…

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    1. Il ne faut pas désespérer. Je pense que le rythme s’entraîne, comme la mise en condition et comme… tout le reste, finalement. Il y a deux erreurs qui découlent au fond d’un même principe : celle de croire qu’on n’a rien à apprendre… et celle de croire qu’on ne peut rien apprendre. Et la régularité reste capitale, dans tous les cas.
      Merci pour le commentaire ! 🙂

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