Réflexions générales

Les écrivains font-il du « mashup » ?

Vivant dans ma cave, je n’avais que vaguement croisé le terme de mashup  sans me demander ce que cela pouvait bien recouvrir. Jusqu’à ce que je découvre la formidable application graphique russe Ostagram, qui combine les images pour créer des contenus incroyables… L’exemple le plus frappant étant sans doute une étonnante Joconde façon Van Gogh.

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Pour plus détails…  

Ces œuvres improbables étant qualifiées de « mashup », j’ai cherché à en savoir plus. À l’origine, il s’agit d’un terme de jargon informatique pour désigner un document composite, agrégation de plusieurs sources.C’est une expression plutôt imagée impliquant qu’on broie le tout ensemble pour en ressortir… quelque chose.

Le terme s’est popularité dans la culture du web quand des petits malins ont commencé à créer des crossovers improbables entre différents films, en assemblant des extraits : par exemple, Terminator contre Robocop. 

Certains résultats sont parodiques et improbables, mais pas toujours… Il y a même eu un Mashup Film Festival en 2014. Sur le site de l’événement, on trouve cette analyse intéressante :

Loin d’être anecdotique, ce phénomène de (ré)appropriation donne naissance à des créations transformatives qui s’inscrivent dans la culture de partage et d’échange du Web 2.0.

(Je m’excuse envers les amateurs du genre de mon approche naïve de la question, j’admire vraiment le talent de ceux qui parviennent à ce style de montages qui demande un vrai travail scénaristique et technique !)

Évacuons tout de suite la question légale, qui est intéressante mais ne constitue pas notre propos. Il faut juste se souvenir que le droit d’auteur prend en compte l’oeuvre dite « composite », « à laquelle est incorporée une oeuvre préexistante sans la collaboration de l’auteur de cette dernière  » (art. L113-2 du CPI) et lui reconnaît un droit d’auteur spécifique, même si elle ne peut être exploitée qu’avec l’autorisation de l’auteur de l’oeuvre première.

Ce qui me vient à l’esprit est plus comment ce phénomène s’articule avec la création littéraire (dans le contexte des œuvres originales, le cas de la fanfiction est plus évident… ou pas).Ce n’est d’ailleurs pas sans faire penser à la pratique des auteurs amateurs du Web de créer des bandes annonces pour leur œuvres en reprenant des extraits d’œuvres existantes et en les combinant pour illustrer leurs univers.

Toute oeuvre littéraire est-elle par nature  un mashup ?

Depuis l’apparition de la fiction littéraire (et sans doute du conte, bien avant), l’art de créer des histoires découle d’une nébuleuse d’idées en stagnation entre les pages (sans oublier le son, l’image…) du monde entier. De cet inextricable écheveau, nous tirons parfois un ou plusieurs fil pour créer nos propres récits.

Mais quel est, finalement, notre capacité individuelle à créer des idées entièrement neuves ? Nos œuvres ne sont-elles pas, finalement, un agrégat d’éléments et d’inspirations que nous avons empruntés aux mondes fictionnels – voire réels – que nous avons croisés sur notre route ?

Sans parler du plagiat, dont les limites sont parfois compliqués à définir (sauf, bien sûr, quand il est des plus grossiers…), la création d’une histoire est bien souvent la conjonction d’un faisceau d’inspirations délibérées – ou non. Notre esprit peut bien souvent nous nous restituer un souvenir dont nous n’avions plus du tout conscience et dont nous ne retrouverons l’origine – dans les meilleur des cas – que bien plus tard.

Et quand nous pensons avoir une une idée nouvelle, nous nous rendons souvent compte que quelqu’un d’autre – même s’il est manifeste que nous n’avons jamais vu son travail – l’a eu avant nous… ou l’aura après nous, ce qui est plus gênant encore car la tentation de croire au plagiat est grande. Bien souvent, l’explication se trouve dans l’inspiration convergente : en bref, des auteurs différents ont tiré peu ou prou les mêmes fils de l’écheveau commun.

L’ajout personnel

Certes, il ne s’agit pas de nier l’impossibilité d’avoir une idée nouvelle ; mais disons qu’elles sont bien plus rares qu’on ne se l’imagine. D’autant plus que des pans entiers de la littérature qui a servi de référence par le passé tombe lentement hors de la culture générale des auteurs. Dans ce climat d’amnésie collective, le petit malin qui ira en tirer quelques idées et les remettra au goût du jour sera salué en génie…

Finalement, on peut légitimement penser que le génie d’un auteur en tant que conteur ne vient pas tant de sa capacité à avoir des idées originales, mais à structurer et agencer ses différentes inspirations dans un tout cohérent et savoir présenter l’ensemble sous une forme agréable. 

Ce qui n’est, dans le fond, pas très loin du mashup…

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2 réflexions au sujet de « Les écrivains font-il du « mashup » ? »

  1. Si sur le principe je te rejoins complètement, j’ai la sensation qu’il y a quand même une approche différente entre le courant artistique et l’écriture : dans le premier cas, l’artiste le fait consciemment, dans l’autre, ça ne me semble pas aussi évident !

    Dans la majorité des cas je pense, le graphiste sait avec quoi il part et où il ira. En face l’écrivain, même s’il saurait identifier une part de ses influences, doit également faire avec une bonne partie d’inconscient. Et je crois qu’il est difficile en début de projet, sauf pour ceux qui font des plans très précis et s’y tiennent, de savoir exactement ce que cela donnera au final.

    Du coup, pour moi, si le graphiste décide de faire un mashup, l’écrivain le subira dans une certaine mesure.

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    1. L’idée était plus de se concentrer sur le « produit fini » que sur le processus, mais tu as en grande partie raison sur ce point : il serait sans doute plus juste de dire « Les écrivains font-il du mashup inconscient ? »
      Cela dit, j’ai quand même un petite objection : on ne peut réduire le travail de mashup « multimédia » à ses composantes de base ! L’inspiration inconsciente peut aussi exister dans l’approche cinématographique (lignes scénaristiques, montage, etc.)
      En fait, la part inconsciente est sans doute, dans tous les cas, celle qui nous est la plus personnelle, parce qu’elle a généralement évolué au point d’être difficilement reconnaissable…

      Aimé par 1 personne

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