Réflexions générales

Confessions d’une fan de descriptions

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Difficile confession : j’aime les descriptions, autant en tant que lectrice (si elles sont bien menées, je ne suis pas masochiste non plus…) qu’en tant qu’auteur.

Je suis une rebelle !

De nos jours, en effet, on assiste bien souvent à un « délit de sale gueule » des descriptions. On les fustige fièrement, on les condamne, on les calomnie dans un joli préjugé général sans recul ni nuance. Il faudrait laisser au lecteur le soin d’imaginer le contexte sur la base d’un canevas se résumant à un vague croquis, au risque des les perdre ou les fourvoyer… Sous peine d’être accusé d’un crime gravissime, celui de priver le dit lecteur de sa « liberté d’imaginer »…

(Cela dit, aucun de mes lecteurs ne m’a jamais fait cette remarque sur la base d’une appréciation personnelle, mais plutôt sur celle de « conseils lus ou reçus » et qui manifestement doivent se répandre comme le rhume ou la gale…)

Dans l’absolu, certaines choses ont besoin d’être clairement décrites et d’autres laissées dans l’ombre, selon leur niveau d’intérêt et l’effet voulu. Mais il est totalement valide de vouloir que le lecteur ait une idée la plus nette possible de ce qu’on veut montrer. Ce qui est d’ailleurs possible sans trop s’appesantir : tout le sel de l’exercice est dans l’efficacité et la concision, mais certainement pas dans la lacune volontaire ! La description raconte sa propre histoire, certes figée, mais tout aussi importante que les dialogues ou les actions. J’ai parfois lu des nouvelles qui n’étaient finalement constituées que d’une seule longue description et n’en étaient pas moins géniales.

Au fil du temps, j’ai découvert que beaucoup de gens n’aiment pas les descriptions pour les raisons suivante :

  • une approche trop scolaire des grands classiques dont les auteurs écrivaient à une époque où, en l’absence de télé et de magazines photographiques à large diffusion, les gens n’avaient pas les mêmes références visuelles voire culturelles prêtes à l’emploi dans leur cerveau…
  • un manque d’habitude de passer de la description à une visualisation (ou autre sens d’ailleurs) interne, souvent induite par la présence moindre des descriptions dans les ouvrages d’initiation style littérature jeunesse (et un appauvrissement du vocabulaire qui nuit principalement à la description, malheureusement !) ;
  • un besoin exacerbé de rythme et d’action dû au fait que notre société est passée sur un mode multimédia, et qui engendre le besoin de faire coller le rythme littéraire au rythme « réel » (ce qui est un peu un non-sens quand on réfléchit aux contraintes des différents supports…)

Du coup, c’est l’un des aspects de l’écriture sur lequel on trouve le moins de conseils techniques, alors que paradoxalement c’est la partie sur laquelle beaucoup d’auteurs sont le moins à l’aise. Ce qui est un énorme paradoxe, quand on y pense. D’où, sans doute, ces descriptions souvent verbeuses ou maladroites de la part d’auteurs qui ne s’y sont jamais intéressé ou les sautaient allègrement dans leurs lectures… Ou ces diatribes anti-description que l’on trouve fréquemment sur les sites d’écriture !

De nos jours, nous en sommes réduits à « réinventer », par intuition et tâtonnements successifs,  la description en faveur d’un nouveau public et la lui faire de nouveau aimer, en la rendant indispensable à la compréhension profonde du texte sans qu’elle paraisse envahissante. Je dois dire que sur ce point, je trouve que l’expérience du jeu de rôle, pas tant sur table que par mail/forum absolument fabuleuse !

Attention, je dis bien jeu de rôle « mené » à l’instar de celui sur table, pas l’exercice d’écriture collaborative,  interprétative et narrativiste qui se déroule sur les forums sous le nom (un peu usurpé) de RPG ; le jeu de rôle classique est différent dans la mesure où le meneur doit simuler tout l’univers auteur des joueurs et donc très rapidement leur faire comprendre, voir, sentir, etc. le contexte en se tenant à l’essentiel. 

L’exercice est intéressant dans la mesure où il permet de capter le rôle essentiel de la description, qui raconte sa propre histoire  dans l’histoire.

Comme je l’ai lu quelque part (je retrouverai un jour la source !) : 

« Bien loin de se réduire à des morceaux détachables purement décoratifs, les descriptions sont des lieux textuels saturés de sens. »

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2 réflexions au sujet de « Confessions d’une fan de descriptions »

  1. hello! Merci de prêcher pour cette cause perdue! ^-^

    Je suis mille fois d’abord avec toi! (pour une fois 😉
    Les descriptions sont nécessaires pour créer une immersion dans l’histoire. Alors même si de nos jours, le besoin est à l’action et le vocabulaire plus limité, cela n’empêche pas la description. C’est juste plus de travail pour l’écrivain afin de trouver le juste compromis et les mots justes! Stephen King conseille de planter le décor de façon large (répertoire commun) et de choisir deux trois détails sensoriels pour le préciser et l’ancrer dans le réel.

    Cependant notre problème aujourd’hui c’est que nous ne sommes plus capables de « nommer les choses ». On se balade en forêt sans être capable de nommer aucune essence, sans être capables de discriminer les odeurs ni même parfois les couleurs! Alors comment entraîner notre lecteur dans une forêt virtuelle?
    Donc, pour progresser en descriptions, je pense qu’il n’y a pas 36 façons. Il faut lire les classiques, s’abreuver à cette réserve inépuisable de vocabulaire et de tournures. Car un Dumas ou un Hugo est capable de vous camper un personnage en une phrase avec une force qui vous restera à jamais en mémoire! (bon, ils sont aussi capables de passer 3 pages sur la description d’un jardin mais bon… c’est utile aussi…).
    Je conseille Dumas. J’en lis beaucoup ces derniers temps. Contrairement à d’autres classiques, le feuilleton l’obligeait à mêler de l’action et du suspense à ses descriptions pour un résultat effarant! (tu noteras le mauvais emploi du mot effarant ^-^)

    Pour m’entraîner, j’avais attaqué un exercice: me balader dans le chateau de Chantilly en prenant des notes, en décrivant tout ce que je voyais. Je comptais ensuite les retaper et les mettre en ligne puis en faire une nouvelle « très classique ». Puis de recommencer dans chaque lieu mémorable, mais finalement la somme de travail m’a fait lâcher en cours de route…
    Bref, du travail, du travail…
    Bonne chance à toi dans tes projets et tes belles descriptions!!

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